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Les Interviews du Site MoDem 91 : Robert Rochefort

Biographie : Diplômé de l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique (ENSAE), il prend la tête du département des statistiques de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie. En 1987, il est nommé Directeur du Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de Vie (CREDOC), dont il devient le Directeur Général en 1995. En juin 2009 il renonce à ces deux fonctions afin de se consacrer pleinement à son mandat de député européen. Vice-président du Mouvement Démocrate, il coordonne les activités des commissions nationales thématiques du Mouvement Démocrate.

 

T. Meziane : Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, lors de ses vœux du nouvel an, a déclaré que "La France tiendra ses engagements en réduisant ses dépenses publiques et ses déficits, sous peine de voir son indépendance gravement menacée". Les croyez-vous, lui et son gouvernement, en mesure de tenir cette promesse ?

Robert Rochefort :

Il est bien entendu que dans la conjoncture de crise actuelle, le gouvernement essaiera d'agir pour que le déficit soit le moins élevé possible. Il m'apparaît, cependant, que les objectifs de cette réduction et les calculs qui en ressortent sont exagérément optimistes. Ils se basent sur une prévision de croissance économique en 2011 proche de 2% alors que nous savons déjà qu'elle sera plus faible, de l'ordre de 1,8%. Or, l'effet de levier de la croissance sur la réduction des déficits est considérable car elle conditionne le niveau des recettes de l'Etat. En conséquence, pour tenir la promesse du Président de la République, il est à craindre que le gouvernement soit obligé de recourir à un budget rectificatif mettant en place de nouvelles coupes budgétaires dans le milieu de l'année.

T.M. : Que préconiseriez-vous, au Mouvement Démocrate, afin que la France sorte de cette spirale de l'endettement et du déficit ?

François Bayrou a été le premier à tirer la sonnette d'alarme de la dette et à faire du rétablissement des comptes de l'Etat un thème majeur lors de la dernière élection présidentielle. Nous souhaitons, au Mouvement Démocrate, que les économies budgétaires ne soient pas faites de manière indifférenciée telle que la mesure du non robert-rochefort-eurodeputeremplacement automatique d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ou la diminution de 10% des budgets des ministères, mais qu'elles suivent une logique de discernement qui par exemple verra le budget du ministère de l'Education Nationale préservé et ses effectifs maintenus, voire renforcés. Une formation de qualité est le minimum de ce que nous devons offrir aux jeunes générations. En contrepartie, il faudra réévaluer les dépenses d'interventions de certains secteurs comme par exemple réfléchir à l'efficacité réelle des diverses aides aux entreprises. Il faut tendre vers plus de simplicité et en tous cas réduire leur nombre.

Cette politique budgétaire doit s’accompagner d’un soutien de la croissance qu’il faut surtout éviter de « casser » par de trop fortes restrictions. Nous proposons que le soutien de cette croissance se fasse en concertation avec nos partenaires européens. Attention cependant : ce levier doit être utilisé avec modération car cela nécessitera la souscription d’un nouvel emprunt, même si ce dernier bénéficiera de conditions plus avantageuses que s’il avait été souscrit que par un seul pays.

Nous voulons que les dépenses publiques se fassent dans une logique européenne car nous considérons que, mis bout-à-bout, les investissements dispersés des 27 pays seront hélas moins efficaces qu’un investissement européen unique. Les exemples qui confortent cette option sont nombreux. Pensez-vous qu’AIRBUS serait aujourd’hui cette entreprise florissante si l’Espagne, la France, l’Allemagne et l’Angleterre avaient développé indépendamment leur propre industrie aéronautique ?
Pourquoi ne pas généraliser ce modèle européen pour l’automobile du XXIème siècle, les énergies renouvelables, etc. ?

T.M. : Vous avez habité en Essonne, dans la Vallée de Chevreuse. Que vous inspire le projet de déménagement de la faculté d'Orsay sur le plateau de Saclay et son projet d'aménagement préconisé par l'Etat ?

Sur le principe, l'idée d'une concentration sur une zone délimitée de grandes écoles, de centres universitaires et de recherches, d'entreprises, avec une mise en commun des moyens est à mon sens une très bonne chose. Cela crée un environnement optimal pour une politique de Recherche et Développement efficace. Je ne vois pas non plus d'inconvénient à ce que cette concentration, à Saclay ou ailleurs, favorise une certaine forme d'élitisme républicain qui permette aux futurs diplômés de relever le challenge de la mondialisation croissante de l'économie en étant toujours les plus innovants grâce à une formation et une recherche plus forte de la mise en commun des moyens.

Europeenne-2009-Nogent-sur-MarneEn revanche, je remarque que pour l'installation du pôle d'excellence à Saclay, la question est gérée de façon très régalienne, sans véritable concertation. J'ai le sentiment que la charrue est mise avant les bœufs car, d'une part le plateau est sous-équipé en infrastructures et il en coûtera de les mettre en place, d'autre part, les entreprises n'ont pas été sérieusement associées à ce projet. Or, j'insiste, ces dernières sont essentielles à la réussite de ces pôles d'excellence.

Par ailleurs, ne serait-il pas plus sage d'éviter le bouleversement d'un déménagement de l'Université Paris Sud (Orsay/Bures-sur-Yvette) sur le plateau ? La distance entre ces deux sites est d'à peine 5 km et il m'apparaît, vu sous l'angle de la concentration et de la mise en commun des moyens, que cette distance est largement surmontable lorsque l'on sait que d'autres pôles de compétitivité dans le monde, telle que la Sillicon Valley, sont dispersés sur une bien plus grande échelle géographique. Quid également des anciens bâtiments, et pas seulement en Essonne ? Il y a là de vraies questions sur l'aménagement du territoire et des répercussions sur les collectivités locales qui n'ont pas été complètement prises en compte.

Entretien téléphonique réalisé le 5 janvier 2011 par T. Meziane, en charge du comité éditorial du site.
  • Bien d'accord avec Mr Rochefort, le budget ne sera jamais bouclé comme chaque année tant que l'état n'est une vrai politique de rigueur sélective. <br />Et quel gâchis pour l'OIN Saclay le manque de concertation est franchement la marque de fabrique du gouvernement Fillon.

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