Le Blog des démocrates
Société
INSTRUIRE : LES DOGMES DE LA PENSEE UNIQUE (3) : LA MANNE FINANCIERE (INTROUVABLE) DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR. L'ENSEIGNEMENT N'EST PAS UNE QUESTION DE POSTES
Le deuxième dogme : l'immensité des moyens alloués à l'enseignement supérieur.
Lorsque j'ai débuté mes études supérieures à l'Université de Bordeaux en 1989 et nous étions fort nombreux (1000 en 1e année d'histoire), nous avons pu connaître des effectifs en groupes de travaux dirigés parfois pléthoriques. C'était aussi l'époque où des cours magistraux en amphithéâtre commençaient à ne plus être tous dispensés par des Professeurs des universités mais par de « simples » Maîtres de Conférences.
La situation d'aujourd'hui devrait être bien plus confortable en raison de l'excellente réforme sur la gouvernance des universités et l'immensité des moyens financiers attribués. Or les groupes de travaux dirigés dépassent souvent quarante étudiants (malgré l'absentéisme bien connu des étudiants de 1er cycle surtout) et sont dispensés pour une grande part par des vacataires, étudiants ou enseignants du 2d degré obligés de « travailler plus pour... », ou des professeurs du 2d degré détachés PRAG ou PRCE (tiens en voilà qui ne seront pas devant des classes de collèges ou de lycées !). Cette dernière solution est extrêmement économique pour les universités. Un PRCE ayant un service de cours de 18h quand un titulaire (professeur ou maître de conférences) ne doit que 6h de cours équivalent TD, en sus de son activité de recherche et de sa participation à l'exercice des responsabilités collectives, au sein de l'Université. Quant aux cours magistraux, ils sont eux-aussi souvent dispensés par des vacataires. Parfois, un cours est annulé faute d'enseignant. Je recevais il y a quelque temps une offre de vacation dans une université de province pour prester la majorité des TD (les autres étant confiés à un étudiant de thèse) et le cours magistral de 1e année. Plus aucun titulaire pour les étudiants de 1e année !
Où est donc passé l'argent de la réforme des universités ? Aux entreprises de BTP amies pour construire des bâtiments flambants neufs et aussi bien conçus que le nouvel hôpital public essonnien ?
Troisième dogme : l'enseignement primaire, secondaire et supérieur ne se résout pas par une question de postes.
Si tel est le cas et en prenant acte de la situation actuelle, qu'envisage-t-on à terme ? Des vigiles, anciens militaires et de la ritaline pour clouer des élèves sur leurs chaises devant un écran où de savants professeurs dispenseront un enseignement virtuel ?
Il est bien évident qu'il faut parvenir à un taux d'encadrement des élèves raisonnable, que le métier d'enseignant a besoin d'être revalorisé par la grille indiciaire des salaires certes mais en premier lieu par la parole politique et par une clarification sincère et précise des problèmes de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur. Que ceux qui, mieux formés et rétribués que les autres et peu soucieux de la solidarité nationale, aient aussi présent à l'esprit qu'il en va de notre place au sein d'une économie de la connaissance mondialisée.
En l'absence de choix stratégiques censés et d'une véritable prospective, en vertu d'une vision comptable pusillanime, la France, « patrie des Immortels de la science » disait Max Weber, risque un déclassement sans précédent, bien plus grave que la perte du triple A. Après la désindustrialisation, demain l'ignorance, après-demain la victoire de l'obscurantisme ?