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L'opinion française semble aujourd'hui redécouvrir la morale publique. Redécouvrirait-on que le lien entre morale et politique a été, n'en déplaise à Machiavel, gravé dans le marbre en France lorsqu'on institua, en 1793 puis en 1832, l'Académie des sciences morales et politiques justement ?

Peu furent à s'ébaubir de la double vie de François Mitterrand et d'aucuns furent choqués de ce que Philippe Tesson la révéla. Plus récemment, des rumeurs lancées par Luc Ferry à propos des errements d'un ministre au Maroc aux supposées turpitudes de Frédéric Mitterrand en Thaïlande, où de jeunes garçons furent magiquement transformés en boxeurs de quarante ans, évitant au ministre une enquête ou pire, quand ceux qui furent convaincus de tourisme sexuel écopèrent de la prison en vertu de la loi Toubon. Mais dans l'affaire DSK, une hystérie collective s'est déchaînée. Au-delà des combats communautaristes (Peul) ou corporatistes (le syndicat des femmes de ménage) qui en ont fait un fer de lance, et où la manipulation n'est guère douteuse tant Kenneth Thompson, l'avocat de Nafissatou Diallo, a ostensiblement instrumentalisé ces manifestations, c'est la cause des femmes qui en France était en jeu. Dans la foulée, l'affaire Tron fut déclenchée et le grand déballage du harcèlement que le maire de Draveil - éphémère secrétaire d'Etat aurait exercé sur ses collaboratrices (bien sûr sans aucun lien avec le conflit immobilier opposant Tron à l'Extrême Droite et dont seul l'Express semble avoir parlé !). Tristane Banon put bénéficier d'une plus grande audience afin de parler de ce viol qui agrémenta certaines émissions de télévision et se faire connaître comme écrivaine. Sa mère, Anne Mansouret, qui songea un temps à se présenter à la primaire socialiste, eut également ses apparitions de télévision.

Malgré l'abandon des charges, par le procureur Vance, contre l'ancien directeur général du FMI, on fustige l'oppresseur des femmes, le "prédateur" ou on se contente de dire qu'on ne pourra pas savoir ce qui s'est passé. A l'instar de Marie-Georges Buffet, on pourra ainsi conclure que c'est d'ailleurs très grave pour la cause des femmes. Quelle propension collective à la paresse intellectuelle et à l'absence de limites entre affaire publique et vie privée (je reconnais qu'en l'espèce cette dernière distinction n'est pas aisée) !

On peut alors se demander pourquoi tant de femmes ont-elles choisi Nafissatou Diallo comme égérie du féminisme ? La parole d'une femme, fût-elle aussi peu crédible, doit-elle l'emporter sur les faits ? L'homme est-il coupable par nature, précisément parce que c'est un homme ? Pourra-t-on répondre que son comportement avec les femmes est connu et que les socialistes n'auraient pas dû l'encourager à concourir aux Présidentielles ? Peut-on donc être ministre ou directeur général du FMI mais pas président de la République car ce dernier doit être d'une morale à toute épreuve ?

Les journalistes de télévision, qui se veulent sans doute plus impartiaux, disent : DSK doit venir s'expliquer et donner sa version. Certains de ses adversaires socialistes demandent même des excuses au PS. Mais, comme l'a récemment déclaré Jean-Marie Le Guen, tout a été dit : "Il s'agit d'un rapport consenti... Vous voulez des détails ?". En quoi l'opinion doit-elle en savoir plus que l'institution judiciaire, si d'ailleurs c'est possible ? Après avoir subi ces accusations, révoquées en doute, et avoir été incarcéré à tort (sauf à remettre en cause les décisions de justice ce qui, en France, serait d'ailleurs illégal), DSK a-t-il perdu tout droit à une vie privée ? Jusqu'où le voyeurisme drapé dans le manteau d'une Mère morale outragée ira-t-il ? Pendant ce temps on réduit la morale à l'inconduite en matière sexuelle, on ferme les yeux sur la corruption financière. A-t-on oublié le mot de Coluche "Ne rigolez pas c'est avec vot' pognon" ? Des condamnations anciennes de Patrick Balkany pour prise illégale d'intérêt à celle, plus récente, de Charles Pasqua, qui n'a eu droit qu'à du sursis et a pu conserver son mandat de sénateur, de l'affaire Tapie dont la justice dira si la nouvelle directrice générale du FMI a eu ou non les mains « sales », ou aux rebondissements sur l'affaire Bettencourt à l'occasion de la sortie du livre Sarkozy m'a tuer, chaque jour apporte son lot de témoignages accablants pour le pouvoir. Pourtant, et c'est assez sidérant, un seul homme politique semble avoir été mis hors course et pour une affaire de moeurs que la justice américaine a finalement jugé infondée. Si DSK a finalement eu gain de cause lors de son procès, il a pour l'instant perdu la bataille médiatique.

Les connexions du pouvoir français avec plusieurs acteurs importants de cette affaire (NYPD, Sofitel, etc.) ont pourtant été alléguées. Rien n'y a fait. L'opinion semble pardonner la corruption financière, les abus de pouvoirs et d'influence, les conflits d'intérêts, pas l'inconduite en matière de moeurs, fût-elle simplement le fruit d'accusations infondées ou de rumeurs lancées à la volée. Subit-on une américanisation des moeurs ou un regain de puritanisme réactionnaire à la française ?

La récente position de quatre-vingts députés UMP (surtout de la Droite populaire) en faveur du retrait d'un manuel scolaire de 1ère parlant d'identité sexuelle ou l'annonce par Luc Châtel d'une circulaire rétablissant les leçons de morale à l'école en sont peut-être des symptômes. S'agit-il de simples manoeuvres opportunistes pour capter un électorat gangréné par la montée de radicalismes religieux, d'où qu'ils viennent, ou d'une évolution de la société vers un nouveau conservatisme, vers une société de défiance ?

Le projet de société que porte François Bayrou, dans son dernier ouvrage, est au contraire celui d'une société de confiance, qui n'hésite pas à rechercher la vérité et l'objectivité envers et contre tout sensationnalisme ou calcul opportuniste. Agissons en citoyens libres et éclairés sans nous laisser entraîner par les coups de com' et la démagogie qui règnent aujourd'hui en tyrans sur l'espace médiatique. Faisons vivre cette "démocratie de conscience" à laquelle nous ne cessons d'aspirer avec François Bayrou.

Eric RAIMOND
Vice-Président du MoDem 91
  • Attention, cet éditorial contient, me semble-t-il, un grand nombre de mise en cause à caractère personnel concernant soit des informations non avérées, soit des affaires judiciaires en cours... Une "démocratie de conscience" ne me semble pas devoir s'accommoder de telles approximations, d'autant que le titre de l'édito est relatif à la morale en politique...

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