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modem_91_blog_nucleaireL'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST) vient de s'exprimer par la voix de son rapporteur sur Public Sénat. Le bilan des rencontres avec les forces politiques allemandes « de l'extrême gauche » aux « plus conservateurs » montre que ces dernières sont unanimes sur la question de la sortie du nucléaire. Le désastre de Fukushima a été l'élément déclencheur et les parlementaires de l'OPECST sont convaincus que, quelles que soient ses évolutions parlementaires, l'Allemagne sera « sortie du nucléaire » dans dix ans. La catastrophe japonaise a stoppé dans certains pays, parmi ceux, certes, qui disposent de peu de moyens, l'achat de centrales.

Dans les choix stratégiques industriels et énergétiques à venir, la question du nucléaire devient cruciale. Comme François Bayrou le plaide depuis des années, l'OPECST veut que soit rendus publics le coût de l'entretien et de la maintenance des installations actuelles et que soient renforcées les prérogatives de l'Agence de sûreté nucléaire.

Indépendamment des problèmes de santé publique, soulevés naguère dans Science par un scientifique français qui corrélait l'augmentation des cas de leucémie avec la proximité des centrales, c'est un problème de gestion des risques et un problème de clarté budgétaire qui se pose aujourd'hui. Les ministres successifs de l'environnement ont souvent déploré le poids de la COGEMA, ou plus largement du lobby nucléaire, sur la politique énergétique de notre pays. Lorsque des inspecteurs généraux du corps des mines qui contrôlent le nucléaire pouvaient siéger au CA des entreprises nucléaires, un problème de conflits d'intérêt s'ajoutait à la difficulté de défendre réellement l'intérêt général. Les manœuvres élyséennes autour d'AREVA, dont l'épisode s'est conclu par le limogeage d'Anne Lauvergeon, la nomination d'Henri Proglio, apôtre des centrales low cost, à la tête d'EDF, montre assez que la filière nucléaire est au centre de jeux de pouvoirs qui n'a nul intérêt à se dévoiler sur la place publique.

Il faut savoir que le nucléaire civil et le nucléaire militaire n'ont pas toujours été séparés, que le nucléaire français hérité du plan Messmer correspondait à une volonté très gaulliste d'indépendance énergétique nationale. La filière nucléaire a alors pu bénéficier de toutes les protections permises par le Secret Défense et être légitimée par la Raison d'État.

Or, à ce moment de l'histoire de notre vie publique, la République des mallettes s'affiche de manière éhontée, la Françafrique ne désarme pas, l'affaire de Karachi montre assez combien une voyoucratie d'État ne s'encombre guère de scrupules, n'est guère gênée par les victimes « collatérales » de ses basses œuvres. La Raison d'État, c'est-à-dire une conception machiavélique et immorale de l'exercice du pouvoir, était déjà discutable quand elle défendait l'intérêt général. Lorsqu'elle n'est plus que l'alibi d'intérêts particuliers, a-t-elle encore droit de cité ? Et lorsque l'industrie nucléaire a montré ses limites, les risques gigantesques qu'elle fait courir aux populations et qu'elle était entre les mains d'une oligarchie ?

En tant que citoyens démocrates, nous avons le droit de connaître toutes les données de manière transparente. Nous avons le devoir de faire la lumière sur ce mode de fonctionnement opaque. De vérifier la probité de ceux qui prétendent en notre nom gérer une si formidable et si dangereuse énergie. De réfléchir ensemble sur les choix présidant à notre avenir collectif.

Éric RAIMOND
Vice-président du MoDem 91
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