MoDem 91
Le blog

forage gaz de schisteDans le contexte actuel de crise économique, une énergie moins chère peut constituer un atout pour booster l’économie et créer des emplois. Une telle énergie est disponible notamment en Essonne : les gaz et huiles de schiste. Les associations environnementales dénoncent un impact environnemental élevé et se mobilisent pour interdire l’extraction de ces gaz de schiste. Un collectif « Stop aux gaz de schiste » a d’ailleurs été créé.

Cet article propose d’apporter des éléments de réponse à la question « gaz de schiste : miracle ou calamité ? » et des informations sur la situation en Essonne.

Contexte politique et économique

Après la signature par Jean-Louis Borloo en Mars 2010 de 3 permis exclusifs de recherche de gaz de schiste sur le flanc sud-est du Massif Central, la forte mobilisation des associations environnementales a amené l’ancienne majorité à voter une loi abrogeant ces permis et instituant l’interdiction d’extraire les gaz de schiste par fracturation hydraulique. Cette interdiction a été réaffirmée par le gouvernement actuel.

Néanmoins, les milieux économiques demandent que les ressources de gaz de schiste en France soient évaluées, de sorte à pouvoir reprendre le débat sur des réalités concrètes au lieu de laisser « les apôtres de la décroissance le confisquer », disent-ils. Ils mettent en avant les avantages que cette énergie pourrait donner à la France en termes de baisse du prix moyen de l’énergie, de réduction de son déficit commercial et d’indépendance énergétique.

Diverses personnalités politiques dont Michel Rocard ont exprimé l’opinion que la France ne devait pas se priver de l’exploitation de ces ressources, surtout dans la crise actuelle.

La commission Gallois a suggéré dans son rapport du 6 novembre 2012 de reprendre les recherches sur les techniques d’exploitation des gaz et huiles de schiste.

L'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) a donné jeudi 31 janvier 2013 le coup d'envoi à un rapport qui vise à évaluer les alternatives à la fracturation hydraulique.

Un peu de technique, d’abord

Contrairement aux hydrocarbures conventionnels qui résident dans des poches faciles d’accès, les gaz et huiles de schiste résident dans des micro-poches diffuses dans des roches de faible perméabilité, souvent situées sous les nappes phréatiques.

La technique d’extraction combine forage directionnel horizontal et fracturation hydraulique.

Il faut donc construire un puits vertical doublé d’un conduit de forage horizontal et y injecter à haute pression (600 bars) un mélange d’eau, de sable et de divers produits chimiques  pour fracturer la roche, maintenir les fractures ouvertes et faciliter la libération des hydrocarbures. Pour exploiter efficacement un gisement, il faut construire de nombreux puits à distance rapprochée (souvent 200 mètres).

Impact environnemental

Cette technique de fracturation hydraulique a de nombreux effets négatifs pour l’environnement.

En effet, cette technique nécessite de grandes quantités d’eau (plusieurs millions de litres d’eau à chacune des fractures du puits), qui est mélangée avec du sable et surtout un cocktail de 500 à 2000 produits chimiques, dont des produits cancérigènes, tels que le benzène.

L’acheminement des produits du mélange nécessite un trafic important de poids lourds.

Seule une partie des eaux usées est remontée en surface pour décanter dans des bassins de rétention dédiés, l’autre partie (à peu près la moitié) restant sous terre avec le risque de polluer les nappes phréatiques.

Les eaux usées contiennent parfois des substances radioactives, à des taux qui peuvent dépasser de 1000 fois les valeurs autorisées pour l’eau potable.

L’injection massive d’eau à haute pression peut aussi provoquer des séismes.

Cette technique nécessite la construction de nombreux puits de forage, ce qui provoque la destruction des paysages dans la zone de forage.

La fracturation hydraulique a aussi un impact très élevé sur le réchauffement climatique

En effet, chaque puits de gaz de schiste perd  entre 30% et 200% de plus de méthane que les puits de gaz conventionnels. Or le méthane a un pouvoir réchauffant global près de 100 fois pire que le gaz carbonique (CO2).

Conséquences sur la politique énergétique

Les réserves de gaz et huiles de schiste estimées sont abondantes en Europe et plus particulièrement en France.

Leur exploitation permettrait de disposer d’une énergie moins chère que le pétrole et d’une énergie non importée, d’où une amélioration des conditions économiques et une réduction automatique sans effort de la balance commerciale.

On peut en redouter une réduction significative des efforts d’investissements en matière d’efficacité énergétique et de reconversion vers les énergies renouvelables non émettrices de gaz à effet de serre, se traduisant par la diminution corrélative des fortes perspectives de création d’emplois et par un impact supplémentaire sur le réchauffement climatique.

Informations sur la situation en Essonne

Tout comme l’ensemble du Bassin Parisien, l’Essonne possède d’importantes réserves de gaz et huiles de schiste.

La société canadienne Vermilion spécialiste de l’extraction des gaz de schiste possède 4 concessions de puits de pétrole en Essonne : celles de Vert-le-Grand, Vert-le-Petit, Itteville et la Croix-Blanche.

Même si l’objectif affiché par Vermilion est de « prolonger la durée de vie des gisements » des puits de pétrole rachetés à Total, des associations environnementales redoutent que cette société ne réalise de l’extraction de gaz ou huiles de schiste, par exemple grâce à des autorisations données pour tester de nouvelles méthodes d’exploration sur leurs puits.

Des fracturations hydrauliques dans cette région présenteraient un danger important de contamination de la nappe phréatique de la Beauce. Les inquiétudes sont accrues par la difficulté pour chaque citoyen de savoir ce qui se passe aux profondeurs de forages.

Résumé

D’importantes réserves de gaz et huiles de schiste sont disponibles dans le monde, notamment en France où elles sont estimées à 90 ans de notre consommation actuelle.

La technique d’extraction de gaz et huiles de schiste est extrêmement violente et a des effets négatifs très lourds sur l’environnement, notamment en termes de réchauffement climatique, qui constitue le principal danger pour l’humanité.

Leur exploitation pourrait créer des emplois, directement ou de manière induite par la baisse du côut de l’énergie qui en résulterait. Mais elle retarderait probablement la transition énergétique et les activités liées, qui sont beaucoup plus fortement créatrices d’emplois.

Les acteurs de l’industrie des gaz de schiste se sont déjà positionnés, prêts à bondir sur toute opportunité qui pourrait se présenter : notamment, la société Vermilion en Essonne.

C’est pourquoi la vigilance s’impose sur ce dossier des gaz de schiste à tous les Essonniens.

Patrick Borrot
Militant de Lardy

POST SCRIPTUM :
Pour écrire cet article, j’ai été amené à consulter et exploiter une documentation importante.
Les références qui m’ont été les plus utiles sont les suivantes :

Essonne-Info : le dossier « gaz de schiste » dont je conseille la lecture à tous ceux qui sont intéressés par ce sujet.
France Nature Environnement : « Gaz de schiste, le miroir aux alouettes »
Article « gaz de schiste » de Wikipedia
  • bravo!
    dommage que dautres partis jouent a l'autruche!!!!
    collectif91nonaugazdeschiste

    Raccourci URL:
  • Il faut exploiter nos gaz de schistes

    Le gaz extrait de Lacq pendant des années, pour le meilleur profit de la France, faisait appel a des techniques tout a fait comparables, sans que personne ne s'en émeuve plus que cela .
    Nous sommes en période de crise redoutable, la récession nous pend au nez.
    Nous disposons d'une énergie pour près d'un siècle, c'est a peu près le temps qu'il sera nécessaire a Hollande pour sortir la France de ce marasme ( heureusement que d'autres ne tarderont pas a arriver aux affaires) !
    Les Allemands viennent de décider d'exploiter ce gaz de schiste, il est temps de prendre le train maintenant....
    Nous pourrions rendre l'énergie beaucoup moins chère, créer des emplois, redresser les finances de notre Pays, augmenter les salaires, diminuer les impôts, payer des retraites, bien méritées, a tous les Français qui ont travaille pendant 40 ans, retrouver une crédibilité internationale, largement écornée a ce jour.... Relancer la recherche dans tous les domaines, d'abord pour améliorer au plus vite les moyens techniques d'exploitation de ces gaz de schistes, développer les énergies nouvelles, la recherche médicale, qui nécessite beaucoup d'argent ( cancers, Alzheimer...)
    On a là, une bouée de sauvetage, sous nos pieds, ce n'est pas un rêve, encore moins un cauchemar.
    Alain Seve

    Raccourci URL:
  • Invité - Vertdeterre

    Peut être se faire une idée la plus complète sur le sujet il y 'a sur le site de l'académie des sciences des vidéos des interventions de nombreux protagonistes (scientifiques, industriels, gestionnaires) avec une belle conclusion.
    http://www.academie-sciences.fr/video/v260213.htm

    Raccourci URL:
  • Invité - tambour2003

    Réponse à Alain Sève : tenir ce type de langage à propos du gaz-pétrole de schiste me laisse pantois, on dirait un discours du MEDEF, en tout cas pas celui de quelqu'un qui aurait la moindre parcelle d'intelligence capable de comprendre le mécano qui se met en place en France et ailleurs à propos de cette industrie mortifère. Il suffit de 2 clics pour avoir les clefs et voir que ce que mettent en avant les merdias et les industriels sont du même acabit que les tenants du tout nucléaire : une vaste fumisterie !! J'invite ce cher Alain à boire un verre d'eau issue du recyclage des puits !!

    Raccourci URL:

Écrire un commentaire en tant qu'invité

0 / 300 Restriction des caractères
Votre texte doit contenir entre 10 et 300 caractères