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Compte rendu de la conférence organisée par le Modem avec le soutien financier du Parlement Européen le 15 octobre 2015 à Paris, Palais du Luxembourg.

Comme le dit Jean-Paul Mordefroid dans son édito, la COP 21 qui aura lieu en décembre à Paris se doit d’être une réussite, avant tout pour l’avenir de nos enfants et petits enfants.

Mais comme le rappelle Marielle de Sarnez qui préside ce colloque, l’objectif fixé aux 150 pays impliqués dans la démarche de limiter à 2 degrés l’augmentation de la température d’ici la fin du siècle semble être un challenge difficilement atteignable compte tenu de la dégradation actuellement constatée. Car comme l’a évoqué Yann Wehrling, malgré les 20 précédentes conférences internationales sur le climat, les émissions de gaz à effet de serre ont continué d’augmenter de 2,5% par an. De même les 10 années les plus chaudes sont toutes après l’an 2000 et les phénomènes climatiques les plus graves ont eu lieu ces dernières années. Si rien ne change, la tendance actuelle serait plutôt une augmentation de 3,5° d’ici 2100 !

 


COP21 : échec annoncé ou accord de dernière... par mouvementdemocrate

 

Pourquoi ces précédents échecs ?

D’abord parce qu’il est difficile de proposer des mesures qui remettent en cause notre mode de vie alors que personne ne verra jamais les résultats : en 2100 aucun des décideurs actuels ne sera encore de ce monde. Alors pourquoi risquer de se rendre impopulaire ?

Ensuite, comment trouver un consensus à 195 ? Le manque de supra-nationalité à l’ONU implique des décisions à l’unanimité alors qu’il y a des états pollueurs et d’autres qui sont victimes de ces pollutions. Comment mettre d’accord les 4 plus gros pollueurs au monde [la Chine (22%), les Etats Unis, 1er producteur de gaz et de pétrole (12%), l’UE (8% malgré ses efforts : -19% de GES avec un développement économique de 45%) et l’Inde (5% à cause de l’utilisation massive de charbon)] et les pays en voie de développement qui, eux, ont pour objectif premier de nourrir leurs populations ?

Les chefs d’états se réfugient derrière les membres de la COP alors qu’ils sont les seuls à pouvoir mener à bien une telle affaire à la fois économique et technologique affirme Brice Lalonde.

Alors comment stopper cette fuite en avant ?

Il faudrait donner un signal fort à l’occasion de cette conférence, impliquer les pays en voie de développement qui ne l’étaient pas dans le protocole de Kyoto et obtenir l’engagement d’acteurs non étatiques comme les entreprises et les collectivités locales.

De ce côté-là, beaucoup d’initiatives sont en cours comme, par exemple, l’engagement des compagnies aériennes pour rendre neutre la croissance du trafic aérien à partir de 2020, et la transformation du CO2 en méthane encore bien compliquée mais possible.

Mais pour inverser la tendance en matière de pollution, il faudrait avant tout se passer des combustibles fossiles alors qu’ils ont été le moteur de la croissance depuis deux siècles et qu’ils représentent encore 80% de l’énergie produite, l’ennemi N° 1 étant le charbon. La transition énergétique est en marche, mais c’est un chantier colossal qu’il faut financer alors que beaucoup de pays sont en difficulté au niveau de leurs finances publiques.

Il va falloir faire preuve de solidarité et aider les pays du sud dans cette transition déclare Jean-Baptiste Poncelet, le coordinateur de COP21 à France Nature Environnement. Il faudra faire converger l’approche internationale et l’approche terrain. Pour lui, la COP21 doit fixer un cap pour être réussie comme, par exemple, atteindre les 100% d’énergies renouvelables en 2050.

Pour lui, les 3 piliers de l’accord devront être :

  • L’évaluation et le suivi au jour le jour des engagements internationaux qui seront annoncés en décembre, et la mise en place d’un cycle de révision en fonction des progrès de la science.

  • Les financements : le fonds vert évalué à 100 Milliards de $ par an (Si on additionne les engagements pris à ce jour, il manque encore 25 Milliards).

  • La revue à la hausse des ambitions d’ici 2020 et la réactualisation des mesures à engager.

Parmi les mesures préconisées par les différents intervenants, on notera l’arrêt des subventions aux énergies fossiles (selon l’OCDE, ces subventions coûtent 500 à 600 Mds d’€ par an) et la mise en place de pénalités à l’émission de gaz à effet de serre : il faut fixer un « prix du carbone » et privilégier les vraies solutions (le nucléaire et les bio carburants n’en sont pas).

Il faut aussi passer à un autre mode de consommation et à un autre type d’agriculture plus sobre et plus respectueux de l’environnement. Par exemple, manger moins de viande permettrait de diminuer notablement les surfaces consacrées à l’élevage et les émissions de méthane, gaz à très fort effet de serre.

Riccardo Valentini prix Nobel 2007 avec le GIEC et professeur à l’université de Tuscia affirme qu’il faudrait arriver à une réduction de 75% de la déforestation pour atteindre les 2° en 2100. On en est loin car, pour la plupart des pays, la protection des forêts n’est pas encore une priorité : il faut d’abord produire de la nourriture.

Jean-Baptiste Poncelet insiste sur la mobilisation de la société civile qui est à la fois la cause et aussi la solution du problème. « Alors bougeons-nous ! » conclut-il.

Davide Triacca, coordinateur scientifique de « Centro per un Futuro Sostenibile », demande d’urgence la définition d’une politique énergétique européenne qui soutiendrait les technologies nouvelles car la Chine est actuellement en train de prendre les plus grosses parts du marché.

Il suggère de contrebalancer le caractère contraignant voire punitif souvent prêté aux mesures écologiques en montrant que le modèle de croissance verte européenne crée du bien-être.

Mathieu Orphelin, porte parole de la fondation Nicolas Hulot, revient sur les modes de financement du fonds vert et alerte sur les promesses de Copenhague en 2009 non tenues pour l’aide aux pays sous développés. Cent milliards de $ c’est 0,2% du PIB des pays de l’OCDE ; ce point devra être réglé avant l’ouverture de la COP21 à Paris. La Chine a d’ores et déjà annoncé une aide de 3 Mds de $ par an et l’Union Européenne a relancé les travaux sur la taxation des transactions financières. Mais il faut aller plus loin et revoir complètement le mode de financement de ce fonds vert :

  • Création d’un « corridor carbone ». Cela pourrait rapporter 200 Mds de $ par an pour un prix fixé à 4$ la tonne

  • Ne pas compter uniquement sur les prêts des Etats mais accepter les dons.

Fadila Mehal, conseillère de Paris oriente le débat sur les réfugiés climatiques dont le nombre a été de 27 millions en 2013 et qui pourraient atteindre les 200 à 250 millions en 2050 si rien ne bouge car 1/5 de la population mondiale vit actuellement dans les zones côtières menacées. Elle préconise quelques mesures à prendre en compte dès à présent comme l’amélioration de la planification urbaine, la construction de digues anti crues, des normes plus contraignantes dans la construction, la mise en place de systèmes d’alerte et de procédures sur la conduite à tenir. Il faudrait également envisager un statut des réfugiés climatiques.

Riccardo Valentini propose des mesures concrètes pour la protection du climat :

  • Augmenter les infrastructures vertes : +10% des parcs en Europe se traduirait par une diminution de 3% des gaz à effet de serre !

  • Réduire les gâchis alimentaires de 50% en Europe correspondrait à une diminution de 14% des émissions de GES.

  • Introduire le « Land based accounting » pour changer notre approche des paysages.

Kamel Ben Naceur, l’ancien ministre Tunisien de l’industrie affirme que le pic des émissions sera atteint en 2020 et qu’il faut donc accélérer les efforts, supprimer tout de suite les subventions aux énergies fossiles, réviser tous les 5 ans les contributions des états et utiliser les mêmes mesures partout pour plus d’efficacité.

Pour conclure ce colloque, Francesco Rutelli, co-président avec François Bayrou du PDE, pense que Paris va sans doute sceller un accord, chaque pays devra donner ses objectifs nationaux qu’il faudra suivre mais, si l’on veut décider aujourd’hui pour demain sans détériorer aujourd’hui, il faut donner des objectifs concrets aux gens si on veut qu’ils changent leur mode de vie.

La difficulté d’aller tous dans le même sens vient aussi du fait qu’il n’y a pas que du mauvais pour tout le monde dans le réchauffement climatique, il y aura aussi des gagnants : la Sibérie pourrait devenir le grenier du monde et les US pourront exploiter les minerais de l’Alaska…

François Bayrou quant à lui pense qu’il y a une véritable attente, que quelque chose va se jouer là pour l’humanité et qu’il semble y avoir une prise de conscience générale. Le MODEM soutiendra des objectifs précis :

  • Se désengager du charbon

  • Fixer un prix du carbone

  • Créer un cercle vertueux en rendant les émetteurs responsables du financement

  • Respecter les engagements pris et ne pas tolérer un retour arrière sur les décisions

  • Relancer le projet de taxe sur les transactions financières

  • Mettre en place un instrument de suivi des engagements .

Mais la question n’appartient pas qu’aux Etats : les citoyens, les élus locaux sont aussi partie prenante.

François Bayrou affirme qu’il se méfie des grands plans et préfère privilégier les petites choses qu’on peut faire. Ainsi à Pau, il a mis en place des navettes gratuites pour les déplacements en centre-ville, il a revu le plan vélo en triplant les itinéraires cyclables et le nombre de vélos en libre service, il incite les gens à manger moins de viande, notamment en proposant un menu végétarien tous les jours aux scolaires. Il nous indique avoir d’autres projets comme la réduction des déchets familiaux de 20% et la création d’une centrale de production de chaleur par géothermie.
Il y a derrière tout cela un vrai projet de société et même de civilisation conclut-il.

François Bayrou a terminé son allocution par une envolée lyrique reliant les deux idées de solutions concrètes locales et de nouveau projet de civilisation :
«  Si nous avons à portée de la main des solutions qui peuvent changer notre vie, celle de nos proches et celle de la planète en même temps, et que tout le monde y participe, alors nous entrons dans un projet de société différent … qui, plaçant chacun de nous en situation de responsable de sa vie et de celle des autres, alors est capable de changer l’idée que nous avons de notre avenir en commun. « C’est une source d’espoir qui pour nous est un oxygène que nous sommes et serons heureux de respirer. »

Martine TINEL

Vice-présidente du Modem Essonne

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Author: Martine TINEL
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